Paris, le 28 mai 2004

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GREVE À LA BANQUE POPULAIRE CENTRE ATLANTIQUE


LA FINANCE EST EN LIESSE !

 

Le 14 mai, les journaux s'en sont donné à cœur joie s'agissant du secteur bancaire français. Il faut dire que celui-ci accumule les bons résultats d'année en année et ne semble pas devoir connaître les orages annoncés par nos interlocuteurs patronaux pour justifier le refus de négocier sur les salaires réels au niveau de la branche.

"La Tribune" et "Les Echos" se sont fait la tête à Bouton en première page pour souligner les bons résultats de la Société Générale. " Les Echos " allant jusqu'à titrer sur toute la largeur de la page dans sa rubrique "finance" : "Le premier trimestre de la Société Générale enthousiasme les marché ". Les titres de première page étaient aussi éloquents : "Un premier trimestre en fanfare" pour "Les Echos", "les banques françaises entament l'année en fanfare" pour la Tribune, "les banques françaises commencent l'année sur les chapeaux de roues" pour "L'AGEFI". "Le Monde" du 15 mai, quant à lui, titrait dans sa partie économique sur la "Forte hausse du résultat des banques françaises". Voilà qui nous réjouit le cœur sinon la panse !

Si l'on regarde le détail de ces résultats, on s'aperçoit que le Crédit Agricole améliore son bénéfice net trimestriel de 68 %, la Société Générale de 65,8 %, BNP Paribas de 31,3 %. Le Crédit Lyonnais enregistre pour sa part une progression de plus de 25 %, avec un ROE pour le réseau de 22 %, le meilleur de la place !

Même "ma tante", l'ancien Mont de Piété, aujourd'hui Crédit Municipal, a des résultats qui s'envolent.

Au total, les trois grands groupes bancaires cités réalisent ensemble 2 570 milliards d'euros de bénéfices nets. Si cette tendance devait se maintenir, ces trois groupes totaliseraient 10 280 milliards d'euros de profits nets fin 2004, plus de 67 milliards de francs pour ceux qui saisissent mieux ainsi l'importance de cette manne. On ne soulignera jamais assez l'apport de la banque de détail dans ces résultats, c'est-à-dire l'efficacité des commerciaux qui serait moindre sans le soutien des administratifs.

On ne manquera pas également de rappeler les pressions qui s'exercent sur les salariés auxquels les directions fixent des objectifs toujours plus élevés. Le développement de la rémunération au mérite et à la performance a souvent créé, hélas, un climat de féroce compétition entre les commerciaux. Ceux-ci sont-ils pour autant récompensés comme il faudrait qu'ils le fussent ? Autrement dit, où passe l'argent ainsi ramassé ? Ne sont-ils pas, avec l'ensemble des autres salariés ordinaires, les dupes des directions ?

Que paye le chacun pour soi plutôt que l'action solidaire quand on constate qu'une très petite minorité peut, à elle seule, percevoir des bonus se chiffrant à plusieurs millions d'euros et que les indemnités de départ des hauts dirigeants peuvent atteindre plus de 20 millions d'euros ! Mais nous savons aussi que les profits réalisés servent à constituer des trésors de guerre qui ont permis, permettent et permettront aux grands groupes bancaires de se lancer dans des opérations dites stratégiques au niveau européen et mondial. Ces groupes font leur marché, notamment en Europe centrale et orientale, en rachetant des banques locales. Ils se préparent aussi, sans doute, à ce que certains appellent la "consolidation européenne", c'est-à-dire à de futures fusions transfrontalières. Ainsi les profits accumulés grâce au travail des salariés pourront aussi servir à les licencier en cas de méga fusions que certains appellent de leurs vœux. Car, en définitive, nous le savons bien, il n'y a pas de méga fusions sans restructurations et sans suppressions d'effectifs.

Dans ce monde impitoyable, est-il bien raisonnable de se passer de syndicats !

Pierre Gendre

 

 


GREVE À LA BANQUE POPULAIRE CENTRE ATLANTIQUE

Un profond malaise et un manque évident de communication ont provoqué un mouvement social important à la Banque Populaire Centre Atlantique. La B.P.C.A. est née de la fusion, en mai 2003, entre les Banques Populaires de Limoges et de Niort.

Forte d'un effectif d'un millier de salariés, son territoire actuel couvre les huit départements de la Creuse, la Corrèze, la Dordogne, la Haute-Vienne, la Charente, la Charente Maritime, les Deux Sèvres et la Vienne.

Une nouvelle étape a eu lieu avec la migration informatique en mars 2004 ainsi que l'harmonisation des différentes pratiques au sein des deux ex-entités, notamment des méthodes commerciales et de tarification. Cette nouvelle et confuse tarification, appliquée aux comptes professionnels et particuliers, s'est avérée catastrophique pour les salariés. En effet, devant l'agressivité excessive des clients, les élus ont sollicité la tenue d'un Comité d'Entreprise extraordinaire.

Alors que la date initialement arrêtée pour cette réunion a été reportée à la demande de la Direction Générale et que des élus en vacances sont revenus à cette occasion, le Directeur Général n'a pas daigné assister à la réunion du CE tandis que le D.R.H., accompagné d'experts qui le représentaient, n'avait visiblement pas pouvoir de décision. Ce manque de considération ressenti comme un mépris des Représentants du Personnel a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et qui a décidé l'ensemble des Organisations Syndicales à déposer un mot d'ordre de grève pour le 12 mai 2004. Le Directeur Général a alors reçu les délégués syndicaux sans leur apporter d'éléments et d'engagements convaincants.

Ce sont donc près de 50 % de grévistes, perturbant fortement le fonctionnement de la banque notamment le réseau avec fermetures d'agences, qui ont manifesté devant le site central de Niort et le siège de Limoges.

L'écho fait à la grève par la presse écrivant "Une première en France, les salariés d'une banque en grève pour obtenir la révision de la tarification des services bancaires à la clientèle" a conduit les clients à apporter leur soutien aux grévistes, les assurant dans ces circonstances de leur fidélité à la BPCA.

Il est vrai que le sujet est sensible en France et concerne l'ensemble des réseaux bancaires, la presse nationale écrite et la radio ont d'ailleurs pris le relais de la presse régionale sur ce mouvement.

Réunis en assemblée générale et expliquant qu'à la suite d'une entrevue avec la direction, cette dernière n'était pas prête à s'engager davantage, les salariés ont reconduit le mouvement.

La communication n'étant pas l'exercice le mieux maîtrisé à la BPCA, au deuxième jour de grève, les représentants du personnel se sont vus traiter d'irresponsables par le Président de la Banque Populaire Centre Atlantique.

Le mouvement a perduré au-delà du week-end, jusqu'au lundi 18 mai. Face à une direction qui a continué de camper sur ses positions, les salariés n'ont pas désarmé et ont revendiqué une véritable négociation.

Face à une situation de blocage, F.O. a pris l'initiative de faire savoir que la raison devait prévaloir, que la négociation devait reprendre avec la volonté d'aboutir à un compromis.

Le D.R.H. est venu au devant des représentants du personnel et a proposé l'ouverture du dialogue. Cette avancée impulsée par F.O. a permis de se mettre autour de la table de négociation, en présence du Directeur Général le jour même à 14h00.

A l'issue d'une " chaude " et parfois " orageuse " journée, l'horizon s'est éclairci peu à peu. C'est ainsi qu'en fin d'après-midi, les propositions suivantes ont été arrêtées :

La Direction Générale a reconnu un manque évident de communication, elle s'est engagée à y veiller et à considérer comme il se doit les Instances Représentatives du Personnel. F.O. demande au Directeur Général d'être présent aux réunions des Comités d'Entreprise et ne manquera pas de rappeler les engagements pris ce jour.

Dans ces conditions, les revendications ayant été entendues, F.O., qui refusait face à la décision de l'intersyndicale de perturber l'Assemblée Générale des sociétaires de la B.P.C.A., annonce qu'elle cesse le mouvement et appelle à la reprise du travail le 19 mai au matin.

Certains voulaient encore faire de la résistance et continuaient de menacer de perturber cette A.G. des sociétaires. Finalement, le 19 mai à 9h00, les autres organisations syndicales annonçaient la fin de la grève.

Nous nous félicitons de l'issue de ce conflit, tout en regrettant qu'il ait fallu près d'une semaine à la Direction pour véritablement négocier. Nous souhaitons à l'avenir pouvoir nous mettre autour de la table de négociation avec la ferme volonté de trouver des solutions aux problèmes, avant d'en arriver à la grève, et non l'inverse comme nous y sommes trop souvent contraints en général dans notre pays.

Marc DELALEUF