Paris, le 24 septembre 2005

Autres Points :
GREVE MARDI 4 OCTOBRE 2005
CONGRES MONDIAL UNI 2005


LA CAROTTE ET LE BÂTON !

 

Toute l’attention européenne s’est fixée depuis quelques jours sur les élections législatives anticipées en Allemagne. Les résultats ne permettent ni à l’actuel Chancelier ni à son challenger de disposer d’une majorité au Bundestag, ce qui plonge l’Allemagne dans une situation d’incertitude politique. Cette précarité politique d’un des principaux pays participant très activement à la construction européenne est surveillée de près par ses voisins, et particulièrement la France. En effet, cette confusion ajoute un peu plus à celle existante depuis de longs mois, et dont la sanction référendaire n’a été qu’un des épisodes et pas des moindres. Ceci étant, il faut bien à nouveau remarquer qu’à de rares exceptions près, les différentes élections politiques reflètent les nombreuses interrogations et incertitudes des citoyens européens, quand ce n’est pas leur profond mécontentement sur la politique suivie et ses conséquences sociales.

Par contre, dans notre beau pays nous avons la chance de disposer en septembre d’annonces diverses dignes du meilleur Noël depuis longtemps. Ainsi après les mesures fiscales présentées par le 1er Ministre la semaine dernière, ce dernier multiplie les initiatives de toutes sortes avec notamment la pression faite sur les pétroliers pour baisser leurs tarifs mais rien sur la baisse des taxes de l’Etat, avec l’annonce d’une modalité supplémentaire concernant le congé parental, avec son appel de vendredi dernier à créer un service bancaire universel, suivi de l’annonce le même jour du relèvement de l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé et enfin celle d’une croissance prévue en 2006 pour 2,25 %.

On ne pourrait que se satisfaire de mesures destinées à relancer une consommation française atone et instillant une plus grande justice fiscale tout en permettant à l’Etat de jouer son rôle républicain. Or, tout ceci ne règle en rien les problèmes de fond et surtout, ces diverses annonces ne semblent même pas disposer des ressources financières nécessaires. Alors : poudre aux yeux ou cataplasme sur une jambe de bois ? Voire les deux ?

Voilà pour les carottes, et au même moment l’on nous présente le bâton à destination des demandeurs d’emplois : la diminution drastique voire la suppression des indemnités en cas de refus des propositions faites par l’ANPE !

En ce qui concerne notre profession, la campagne de recrutement de jeunes par dizaine de milliers dans les grands réseaux tend à montrer une profession dynamique en terme d’emploi. C’est pour le moins se refaire une image positive à moindre frais !

Craquons un peu le vernis et nous découvrons une profession qui n’a procédé à aucune augmentation générale et pérenne des salaires depuis 1996, et où la seule manière d’espérer une augmentation individuelle et aléatoire est de "forcer" ses objectifs au risque de détériorer le service à la clientèle. Une profession où les conditions de travail se sont gravement détériorées depuis quelques années, en raison, notamment, de la pression accrue sur les objectifs engendrant des situations de stress dramatiques, et où aucune réponse n’est donnée à ce phénomène.

Voilà quelques-uns des sujets que nous avons évoqués ce vendredi 16 septembre avec le nouveau Président de la Commission Nationale Paritaire, M. Tanguy du Chêné, avec également la sécurité des points de vente, les incivilités, l’égalité professionnelle, les métiers repères et les départs avant 65 ans pour les carrières longues.

Evidemment, nous n’avons eu aucune réponse positive à nos différentes demandes mais nous n’en espérions pas tant d’un tel entretien. D’ailleurs à écouter les circonvolutions et les paraphrases de notre nouvel interlocuteur, nous ne pouvons qu’être extrêmement inquiets quant à la volonté de l’AFB de continuer à avoir un dialogue social constructif dans notre profession, et tout particulièrement sur les salaires.

Tout cela justifie plus que jamais l’expression de notre mécontentement lors de la journée nitaire d’actions du 4 octobre.

Serge LEGAGNOA

 


 

GREVE MARDI 4 OCTOBRE 2005
LEGITIME DEFENSE SOCIALE

Pourquoi la grève? Alors que nous avons :

De quoi se plaint-on ? Pourquoi ne pas rechercher une solution par la négociation ? Pourquoi perturber encore les transports, gêner les clients, et nous demander de faire le sacrifice d’une journée de salaire?

Simplement parce que le Gouvernement ne veut pas entendre les messages que le peuple lui envoie, y compris par la voie des urnes et continue de mépriser le monde du travail.

Le dialogue social a du mal à vivre, seul le profit compte et les actionnaires ne sont jamais aussi heureux que lorsque les entreprises "dégraissent" ou délocalisent pour accroître encore leur marge bénéficiaire…

Licenciements et précarité de l’emploi sont les maîtres mots de ce nouveau siècle. Les constats sont malheureusement limpides :

E vos salaires se déprécient par rapport au coût de la vie,
E votre loyer, vos charges courantes plombent votre budget,
E les études de vos enfants sont de plus en plus coûteuses,
E les objectifs sont une source de stress quotidien,
E de plus, vous êtes de plus en plus souvent victimes d’agressions, pudiquement appelées "incivilités",
E votre horizon – à 50 ans – est de savoir quand prendre la retraite, mais vos finances ne vous le permettent pas… même avec les annuités suffisantes !

Alors, il est grand temps pour vous, pour vos enfants, de manifester votre mécontentement, de refuser un salaire sans évolution, une Sécurité Sociale bradée, toutes les garanties que les autres pays nous envient supprimées une à une, le code du travail attaqué par un Gouvernement qui ratifie tous les desiderata du MEDEF…

Au fait, savez-vous qu’il y a encore des pays, ici, en Europe, proches de nous, nos voisins, la Belgique et le Luxembourg qui pratiquent encore des augmentations générales de salaire couvrant au minimum l’évolution du coût de la vie pour tous les salariés sans exception ? Ainsi, jeudi dernier le Luxembourg a annoncé une augmentation générale de 2,5 % pour tous les salariés du pays. Qu’on se le dise…

R E A G I S S E Z !

FORCE OUVRIERE appelle à faire une journée de grève le 4 OCTOBRE

FAITES GREVE POUR MANIFESTER VOTRE MECONTENTEMENT POUR DEFENDRE VOTRE POUVOIR D’ACHAT

REJOIGNEZ MASSIVEMENT LES MANIFESTATIONS DE VOTRE VILLE,
DE VOTRE REGION POUR FAIRE DE CETTE JOURNEE UN MOMENT FORT
ET POUR QUE LE GOUVERNEMENT ENTENDE ENFIN LE MESSAGE !

 


 

CONGRES MONDIAL UNI 2005

 

Le deuxième congrès mondial d’UNI qui s’est tenu à Chicago du lundi 22 au jeudi
25 août 2005 peut être qualifié d’avoir été, à bien des égards syndicalement correct. Il a été précédé par la Conférence mondiale des femmes et suivi par la Conférence mondiale du commerce.

D’aucuns penseront que c’est bien naturel dans un pays qui a inventé le trop célèbre "politiquement correct".

Une façon de faire qui gomme les différences de positions et qui éteint toute contestation un peu sérieuse.

Tout le monde admet maintenant, au sein d’UNI, qu’il convient de réfréner toute espèce d’opposition trop voyante risquant de dégénérer en fausses notes troublant une harmonie que les organisateurs, les dirigeants et les délégués souhaitent la plus belle possible.

Pourtant dans le monde syndical, la recherche souhaitable de l’efficacité ne doit certainement pas passer par l’extinction du débat, même s’il faut se garder de sombrer dans l’affrontement et la division.

La division, le congrès de l’AFL-CIO l’avait connu dans cette même ville quelques semaines plus tôt.

Trois des plus grands syndicats (le syndicat des employés de services, celui des camionneurs, celui des salariés de l’alimentation et du commerce de détail) avaient en effet décidé de quitter la seule grande centrale américaine reprochant à la direction, qui devait être reconduite, de trop soutenir le parti démocrate et de ne pas réorienter les moyens de l’AFL-CIO en faveur de campagnes de syndicalisation. En outre, les opposants reprochaient à la direction de la centrale de ne pas comprendre la nécessité de restructurer le mouvement syndical en opérant des fusions de syndicats.

Parmi les trois partants, le syndicat de l’alimentation et du commerce de détail, accompagné par quatre autres syndicats, dont celui de la communication étaient membres de UNI.

Un des enjeux du congrès mondial d’UNI était donc d’éviter les répercussions de cette scission au sein d’UNI étant donné que 9 autres syndicats américains, opposés à la scission, étaient également membres d’UNI.

Cette situation n’aura pour répercussion que l’abstention de ces 9 syndicats au moment du vote pour la désignation du Président d’UNI (Joe Hansen) qui est également Président du syndicat de l’alimentation et du commerce de détail scissionniste, après une explication orageuse à la réunion du Comité exécutif mondial d’UNI du lundi matin, précédant l’ouverture du congrès.

L’ouverture du congrès a été marquée par deux interventions principales : celles de John Edwards sénateur, ancien colistier de John Kerry lors de l’élection présidentielle de 2004, et de John Sweeney, Président de l’AF-CIO.

Guy Rider, Secrétaire général de la CISL interviendra le mercredi en étant peu disert sur le processus de fusion avec la CMT.

C’est normal tous les problèmes ne sont pas réglés.

John Edwards, à partir de son histoire familiale, a souligné l’importance du mouvement syndical et a évidemment apporté son soutien aux congressistes tandis que John Sweeney, très tendu, évoquant la scission a expliqué qu’il devait surmonter sa colère pour faire appel à l’unité.

Nous aurons par la suite, la présence directe du pasteur Jesse JACKSON et l’intervention par vidéo de l’ancienne "first lady" Hillary Clinton. FO, lors de son intervention soulignera ironiquement qu’à cette liste d’éminentes personnalités on aurait pu ajouter Michael Moore !

Au Congrès de Berlin en 2001, nous avions eu en vidéo l’intervention du vice-président de l’époque Al Gore. Cela ne lui a été d’aucune aide un an plus tard…

Le lendemain, le mardi 23 août, le congrès est entré dans le vif du sujet avec la présentation du rapport d’activité par un Secrétaire général, Philip Jennings, affaibli par la maladie mais en voie de récupération.

Cette présentation a été brève, environ dix minutes, mais précédée d’une vidéo.

La présentation vidéo sera utilisée pour tous les thèmes du congrès.

Evidemment tous les intervenants sur le rapport d’activité se féliciteront de la guérison de Philip Jennings.

A noter l’intervention de Michel Muller de la CGT (devenu depuis peu président mondial d’UNI GRAPHIQUE et siégeant à ce titre aux comités de direction d’UNI et d’UNI EUROPA).

Ce fut la seule intervention très modérément critique, mettant l’accent sur un meilleur fonctionnement interne passant par le respect de la diversité au sein d’UNI.

Ce sera la seule intervention de la CGT, Michel Muller étant par ailleurs membre, au titre d’UNI GRAPHIQUE, de la Commission des résolutions. FO avait décidé de ne pas intervenir sur le rapport d’activité, se réservant pour deux autres sujets.

Après le rapport d’activité, le rapport financier est venu en discussion avec la surprise de l’abstention de Ver.di sur l’augmentation des cotisations.

Le congrès a ensuite successivement examiné, jusqu’à sa clôture, les trois thèmes principaux accompagnés de leurs résolutions, ainsi que les autres résolutions.

Sur le premier thème " Eveiller le monde au travail décent ", la Commission des résolutions a intégré la plupart des amendements présentés par les affiliés y compris les nôtres qui n’étaient pas fondamentaux.

Le deuxième thème "Jamais seul (e) au travail : développement du syndicat mondial", examiné le mercredi 24 août, a donné lieu à midi à l’organisation d’un rassemblement avec tee-shirts et pancartes, sur une place à cent mètres de l’hôtel Shératon où plusieurs orateurs appartenant à des syndicats de tous les continents sont intervenus brièvement pour appeler à "mettre fin à la pauvreté maintenant".

Chaque congrès d’UNI, ou de la FIET auparavant, s’agrémente d’un "happening de ce type".

Ce thème a donné lieu à de nombreuses interventions. Pour notre part, en liaison avec les affiliés de la zone 17 (France et Benelux), nous avions présenté un certain nombre d’amendements dont le plus important portait sur le concept de syndicat mondial.

La zone 17 avait présenté une motion visant à clarifier le concept de syndicat mondial qui n’aurait du s’appliquer qu’aux secteurs d’UNI et non aux entreprises multinationales.

Cette motion a été retirée compte tenu des amendements retenus dans le plan d’action accompagnant le deuxième thème.

Cela a donné lieu à une intervention d’un représentant de la CFDT.

FO avait proposé de remplacer partout, le concept de syndicat mondial par celui de syndicalisme international ou d’alliances syndicales mondiales dans les multinationales.

La résolution finale reste floue sur ce point, mais il est d’ores et déjà acquis que les secteurs d’UNI s’appelleront syndicats mondiaux.

Exemple UNI FINANCE : Syndicat mondial de la finance.

Le concept syndicat mondial pour les multinationales cohabite avec celui d’alliances syndicales mondiales.

Bien entendu la résolution se prononce en faveur de la conclusion d’accords mondiaux dans les multinationales dont le contenu, sans être clairement précisé, se limiterait à faire appliquer le respect de droit syndical, la pratique de la négociation collective, une approche correcte des délocalisations.

La zone 17 avait présenté une motion à l’initiative du SETCa de Belgique, portant sur "le syndicalisme sectoriel comme base de développement syndical".

En liaison avec les amendements apportés au plan d’action accompagnant le deuxième thème, il a été demandé par la Commission des résolutions le retrait de cette motion. Celle-ci a donc été retirée. Elle aurait mérité un meilleur sort !

On notera que le Président de la Commission des résolutions appartenait à la zone 17 (Férré Wickmans de la LBC, syndicat chrétien du commerce et de la finance de Belgique) et que l’autre représentante de la zone 17 (Clara Kiburg, de FNV Hollande) était d’accord avec les positions du secrétariat d’UNI.

Dans ces conditions on a peine à imaginer que les amendements de la zone 17 aient été réellement défendus.

Dans la foulée de l’adoption de la résolution accompagnant le deuxième thème, la motion n° 12, présentée par la zone 17, portant sur les délocalisations dans le secteur des services a été également adoptée.

Cette motion, à l’origine, a été préparée par FO et acceptée par la zone 17 à l’exception des syndicats néerlandais.

Elle a fait l’objet de plusieurs amendements, dont ceux du FNV de Hollande qui ont dénaturé le but de cette motion, qui là encore, n’a sûrement pas été farouchement défendue à la Commission des résolutions…

Significativement, une phrase concernant le reclassement systématique des salariés concernés par les délocalisations n’a pas été conservée.

De même, la proposition d’étudier la mise en place d’une taxe sur les multinationales qui délocalisent pour financer la protection sociale collective dans les pays d’implantation, là où cette protection n’existe pas, n’a pas été retenue.

Sur ce sujet, FO a demandé la parole, en vain.

Le nombre d’orateurs était trop nombreux pour la journée malgré une réduction de leur temps de parole à 3 minutes.

Le troisième thème "halte à la cupidité des entreprises", a été traité le dernier jour du congrès avec les autres résolutions.

On notera qu’un amendement de FO portant sur le développement du concept d’inspection du travail a été intégré dans le texte du plan d’action.

Les autres motions adoptées le dernier jour portaient sur la mondialisation dans l’intérêt de tous ; la paix, la démocratie et la sécurité dans le monde (les nordiques s’abstiendront sur cette motion la trouvant trop politique) ; le racisme ; l’OMC ; le sommet mondial sur la société de l’information ; la culture à l’ère de la mondialisation; le VIH/SIDA ; construire des syndicats forts ; la solidarité internationale avec les syndicats des Etats-Unis ; la Chine ; la levée de l’embargo sur Cuba ; une protection sociale de haut niveau pour tous (présentée par la zone 17).

A l’exception de deux d’entre elles, toutes ces motions ont été adoptées sans controverse particulière, les amendements présentés par les affiliés ayant été généralement intégrés.

La motion numéro 14 sur la Chine a suscité un débat au cours duquel FO est intervenue pour déplorer la reconnaissance quasi de facto par UNI de l’ACFTU le syndicat officiel chinois et le refus d’intégrer dans cette motion la proposition d’amendement de la zone 17 portant sur la solidarité à exprimer à l’égard des syndicats chinois indépendants quand ils existent.

Les délégations FO et CFDT ont voté contre cette motion.

A l’occasion de son intervention, FO a souligné qu’à l’avenir, dans les congrès mondiaux d’UNI, il convenait de permettre à tous les délégués qui le souhaitent d’intervenir même si leur intervention est brève.

26 délégués ont en effet été privés de parole faute de temps !

Le président a convenu qu’il faudrait revoir l’ordre du jour à l’avenir pour éviter cet écueil…

La motion numéro 15 portant sur la levée de l’embargo sur Cuba a donné lieu à un accrochage beaucoup plus sérieux.

Cette motion avait été présentée par les affiliés britanniques.

La zone 17 avait proposé un amendement ajoutant que Cuba devait respecter les droits de l’Homme et les droits syndicaux.

L’amendement ayant été accepté par la Commission des résolutions, les britanniques ont fait savoir qu’ils retireraient leur motion si l’amendement était maintenu.

Ils sont venus expliquer leur position à la zone 17.

Un premier échange de vue n’a pas abouti. Ensuite, ils sont revenus à la charge en proposant, en échange du retrait de l’amendement, de faire une déclaration à la tribune pour remercier les auteurs de l’amendement d’accepter son retrait, en précisant que les droits syndicaux et les droits de l’Homme devaient être défendus à Cuba comme partout ailleurs dans le monde.

Dans un souci de conciliation, la zone 17 a accepté le principe du retrait de l’amendement en échange de la déclaration promise. Mais, la Commission des résolutions a du tenir une courte réunion exceptionnelle pour accepter ce compromis. Or, lors de cette ultime réunion, les représentants des affiliés nordiques se sont opposés au retrait de l’amendement.

Résultat : celui-ci a été maintenu. Un représentant des syndicats britanniques est alors intervenu à la tribune pour dire que cette motion amendée n’était plus présentée par les syndicats britanniques et que, par conséquent il fallait la considérer comme retirée.

Le président a pris acte de cette déclaration tout en maintenant la motion amendée qui est devenue celle de la Commission des résolutions. Soumise au vote, cette motion a été adoptée moins l’abstention des britanniques.

Faut-il voir, derrière ces gesticulations, la volonté de quelques syndicats, notamment ceux des graphiques et des spectacles, pour certains anciens membres de confédérations naguère affiliés à la FSM, de soutenir sans condition le régime castriste ?

On pourrait être tenté de le croire si l’on se réfère à l’argumentation déployée à la tribune par les défenseurs du retrait de l’amendement soulignant qu’à Cuba tout le monde mangeait à sa faim et que le taux d’analphabétisme était quasiment le plus bas du monde…

A côté des plans d’action et des motions, et pour illustrer ces derniers, les projecteurs ont été braqués sur des entreprises multinationales, soit pour vanter les mérites des accords mondiaux et des campagnes de recrutement (Téléphonica, Quebecor etc.…), soit, au contraire pour dénoncer leur comportement.

Dans cette catégorie, une mention spéciale a été décernée à Wall-Mart qui emploie dans le monde 1 200 000 salariés.

Cette multinationale américaine a batti son empire en étranglant ses fournisseurs en leur imposant les coûts les plus bas, en recourrant massivement aux importations chinoises, en pratiquant une politique de très bas salaires et en refusant l’implantation des syndicats.

Wall-Mart préfère fermer une implantation plutôt que d’accepter la présence syndicale.

Quand Wall-Mart s’installe dans une localité, tous ses concurrents disparaissent en raison de la faiblesse de ses prix de revient.

Une résolution spéciale a été adoptée pour demander aux fonds de pension à se désinvestir de Wall-Mart.

A l’issue du congrès, Philip Jennings a cependant annoncé que la direction de Wall-Mart aurait accepté de rencontrer UNI.

Une bonne nouvelle qui demande à être confirmée.

D’autres motions spécifiques de solidarité ont été adoptées concernant le Belarus et la Birmanie.

Enfin, un accord de coopération a été signé entre UNI et l’Union Postale Universelle (UPU).

L’UPU dont le siège est à Berne, est une institution spécialisée des Nations-Unies qui a pour mission de stimuler le développement durable des services postaux universels de qualité pour faciliter la communication entre les peuples.

A propos de la Poste, le congrès s’est félicité du succès des affiliés japonais qui ont empêché la privatisation de la Poste au Japon, entraînant la dissolution du Parlement et l’organisation d’élections le 11 septembre. Hélas, ces élections devaient conforter la position du Premier ministre sortant qui va sans aucun doute réactiver son projet.

Les congrès de la FIET auparavant, et d’UNI maintenant ont toujours eu tendance à mélanger spectacle et débats syndicaux.

Une très grande place est également réservée aux intervenants extérieurs et aux politiciens sensés soutenir le mouvement syndical, surtout lorsqu’ils sont dans l’opposition.

L’utilisation systématique de vidéos n’apporte pas dans tous les cas une réelle valeur ajoutée aux débats.

La présentation des thèmes est souvent trop longue car elle recourt à plusieurs orateurs avant que s’ouvrent les débats.

Une meilleure gestion du temps s’impose afin de favoriser l’expression des délégués.

Force est de constater que ce ne fut pas la principale préoccupation des organisateurs.

Bien entendu le contenu des principales motions est souvent assez éloigné de nos propres positions syndicales. Mais leur impact sur les situations nationales n’est pas vraiment déterminant.

Le fonctionnement de la Commission des résolutions ne permet pas aux auteurs de motions et d’amendements de défendre efficacement leurs points de vue.

Beaucoup de délégués critiqueront en privé tel ou tel aspect du congrès sans pour autant intervenir à la tribune.

UNI retient comme l’un de ses axes d’action la coopération avec les ONG.

Elle ne devrait pas rencontrer trop de difficultés pour atteindre cet objectif étant donné qu’elle ressemble elle-même de plus en plus à une ONG.

Malgré leurs divergences nationales et leurs intérêts spécifiques au plan international, les organisations françaises ont intérêt à agir en concertation au sein d’UNI pour donner à cette internationale un caractère plus revendicatif, c'est-à-dire plus syndical.

Pierre GENDRE