![]() | ![]() |
|
Paris, le 20 septembre 2003 |
Autres Points : |
REVENDIQUER, MOBILISER, NEGOCIER
RESTE LA LIGNE A SUIVRE !
Décidément l'Amérique nous gâte ! Dans l'affaire "executive life", voilà le Crédit Lyonnais, qui a plaidé coupable, condamné à payer 100 millions d'euros et indirectement les contribuables français à passer à la caisse également pour 475 millions d'euros à travers le consorsium de résiliation (CDR), organisme chargé de céder les actifs douteux de l'"ancien Crédit Lyonnais".
Le compromis passé avec la justice pénale américaine a pour mérite de protéger certains dirigeants de sociétés (suivez mon regard) mais n'évite pas des poursuites civiles ultérieures avec un risque que certains évaluent en milliards d'euros.
Un autre tribunal américain vient de confirmer le bon droit du naufrageur de VIVENDI UNIVERSAL (Jean Marie MESSIER dit J2M ou J6M selon l'humeur) de percevoir son indemnité de licenciement, appelée aussi golden parachute, égale à la bagatelle de 20,5 millions d'euros.
Récemment, l'Administration BUSH, enfantée par les machines à mal voter qui devraient être mises à la casse, incite le reste du monde à payer des milliards de dollars pour la reconstruction de l'IRAK.
Notons que d'ores et déjà, le groupe pétrolier HALLIBURTON, très proche de la l'Administration BUSH, a pour sa part ramassé plus de 2 milliards de contrats en IRAK "libéré".
Alors que l'on fait grand cas en Europe de la nécessité de contenir les déficits publics dans les limites fixées par le pacte de stabilité et de croissance, le grand frère d'Outre Atlantique creuse les siens à vive allure. En outre, le déficit de ses échanges commerciaux atteint des sommets : 549 milliards de dollars attendus pour 2003, 588 milliards de dollars pour 2004.
Selon le FMI, les Etats-Unis d'Amérique absorbaient les trois quarts de l'épargne mondiale en 2002. Cette situation, que certains comparent à une bombe à retardement pour l'économie mondiale, pèse sur les perspectives de relance globale puisque, en simplifiant beaucoup, certes, on pourrait dire que le reste du monde finance le niveau de vie des Etats-Unis d'Amérique. L'échec du sommet de l'OMC de CANCUN est, au fond, moins préoccupant dans l'immédiat que l'utilisation que font les Etats-Unis d'Amérique de leur surpuissance, qui a d'ailleurs largement contribué à provoquer cet échec. Leur choix en faveur du bilatéralisme va dans le sens d'une prise en compte exclusive de leurs intérêts, c'est-à-dire de leurs multinationales et de leurs méga fermiers, dans le cadre du commerce international. L'Europe ne sait plus où elle habite.
Première puissance économique mondiale si l'on additionne l'ensemble de ses capacités économiques et financières, sa construction à géométrie variable l'empêche de peser autant qu'il le faudrait pour rétablir une situation internationale plus stable, favorable à la croissance et à l'emploi.
Dimanche passé, les Suédois, comme on pouvait s'y attendre, ont refusé l'euro. Comment dans ces conditions imaginer que le Danemark et le Royaume-Uni choisiront d'adhérer à la monnaie unique prochainement. Sur les 25 pays membres de l'Union européenne, l'euro pour encore quelque temps ne sera la monnaie que de 12 d'entre eux, pas même la moitié. On peut se demander si l'euro et les contraintes qui l'accompagnent pour les pays dont c'est la monnaie unique, se justifient toujours par de meilleurs résultats économiques et surtout sociaux passés, présents et à venir, alors que d'autres membres de l'Union européenne conservent leur liberté monétaire et budgétaire.
Pourtant, l'euro, débarrassé des politiques monétaires et budgétaires restrictives, pourrait enfin concurrencer le dollar en tant que monnaie de réserve et de règlement dans les échanges internationaux s'il était la monnaie de l'Europe toute entière. Il pourrait être l'un des instruments permettant de mieux faire face à l'égoïsme de la surpuissance américaine et aux libertés qu'elle s'octroie. Mais nous sommes loin de pouvoir envisager à ce jour l'émergence d'un tel contre poids monétaire. Au contraire, pour l'instant, l'euro est menacé de surévaluation durable par rapport au dollar, ce qui constitue un handicap pour l'exportation donc pour la croissance et l'emploi.
Dans ce contexte, notre gouvernement et notre président se débattent et se contorsionnent pour faire croire à la France d'en bas qu'on a de la compassion pour elle tout en prenant des mesures qui enrichissent la France d'en haut avec les applaudissements du medef.
Mais, les yeux commencent à se déciller. Ainsi, un sondage Louis HARRIS pour le journal Libération indique que 58 % de nos concitoyens estiment injuste socialement la baisse d'impôt tandis que 61 % d'entre eux la considèrent comme étant sans effet sur la consommation.
Parmi les contorsions gouvernementales, nous évoquions la semaine passée celle qui consiste à dénoncer les "bureaux bruxellois" qui imposent des normes, déclaration en contradiction avec les mesures déjà prises, notamment en terme de gel de crédits, de non remplacement des agents partis en retraite dans la fonction publique, pour éviter l'accroissement du déficit budgétaire.
Chaque semaine apporte son lot de turpitudes nouvelles. Ainsi, nous apprenons que la fiscalité sur le litre de gazole (le carburant de la France d'en bas comme le souligne un député de la majorité), sera augmentée de 2,5 centimes d'euros en 2004 ce qui annule la moitié de la baisse de l'impôt sur le revenu.
On soulignera que cette augmentation de la fiscalité sur le gazole ne concerne que les particuliers et que parmi les 50 % de foyers fiscaux qui ne paient pas d'impôt sur le revenu (et qui par conséquent ne bénéficient pas de la baisse d'impôt), beaucoup paieront le supplément de taxe. Le gazole, le tabac, l'accroissement prévisible de la fiscalité locale, les mesures qui vont tomber sur l'assurance maladie, tout indique que ce que l'on donne d'une main à la France d'en haut est récupéré par l'autre, sur la France d'en bas.
On pouvait avoir tout cela dans la tête en se rendant le 13 septembre au ZENITH, au meeting de rentrée de notre Confédération. Devant 5.000 militants venus de tous les départements et bien sûr de la Région parisienne, Marc BLONDEL a rappelé quelques vérités dont certains chiffres qu'il est bon de ne pas oublier.
Par exemple, la part des salaires dans les richesses créées a baissé de plus de 10 points en 20 ans. Elle est passée de 72,5 % en 1982 à 64,31 % en 2002 selon les comptes de la nation.
En supposant que le partage salaire/profit ait été maintenu dans les proportions atteintes en 1982, 59 milliards d'euros seraient entrés sur le compte de la sécurité sociale en 2001, dont 12 milliards sur les retraites.
Sur toute la période depuis 1982, le manque à gagner des régimes des retraites est de
200 milliards d'euros. Le gouvernement a fait voter une réforme pour éviter, selon lui, un déficit prévisible de 43 milliards d'euros en 2020. 43 milliards d'euros représentent 3 % de la richesse produite par l'ensemble des travailleurs résidant en France durant l'année 2001.
Le rappel de ces données chiffrées montre qu'une autre politique est possible fondée principalement sur la hausse générale des salaires donc un autre partage des richesses.
En effet, seul l'accroissement du pouvoir d'achat a un effet positif à la fois sur la consommation et par conséquent sur l'activité, sur l'emploi et le financement de la protection sociale.
S'agissant de la protection sociale, et en particulier de la réforme Fillon/Chérèque sur les retraites, il faut rappeler que son financement suppose que le taux de chômage baisse à 4,5% alors qu'il est à 9,6% en ce moment et probablement à 10% en fin d'année avec l'accumulation des licenciements. C'est pour cela sans doute que près de 613.000 chômeurs seront moins indemnisés par l'UNEDIC en 2004 et 2005 et que 250.000 seront radiés au 1er janvier 2004, victimes du PARE.
Et Marc BLONDEL de conclure en insistant sur la nécessité non pas d'avoir :
… "un petit peu d'impôt en moins, mais beaucoup de salaire en plus !"
Et pour cela, la finalité ultime du syndicalisme encore et toujours sera de revendiquer !
Revendiquer, mobiliser, négocier !"
Telle est bien la ligne de conduite que nous suivons dans notre secteur professionnel.
Quand nous le pouvons nous signons des accords avec les employeurs, mais pas n'importe lesquels.
C'est ce que nous avons fait notamment avec l'AFB en fin d'année 2002, avec l'accord sur les salaires minima et l'accord sur la sécurité.
Cette année, la revendication salariale va probablement se heurter à l'intransigeance patronale. Les banques ont délibérément choisi de promouvoir les systèmes variables de rémunération au détriment des augmentations générales de salaire.
Une rencontre interfédérale aura lieu le 22 septembre pour aborder notamment deux questions :
Que faire pour mobiliser les salariés de la profession pour peser sur les futures négociations ?
Quelle serait, en outre, la validité des engagements fédéraux de nos partenaires syndicaux dans les entreprises ?
De la réponse à ces deux questions dépendra l'évolution du rapport de forces dans la profession.
Pierre GENDRE
BANQUE DE FRANCE :
UNE RESTRUCTURATION SANS PRECEDENT
Le passage du gouverneur Jean-Claude Trichet à la Banque de France se traduira par la mise en place d'un plan de fermetures de succursales sans précédent dans l'Histoire.
Après 10 ans de gouvernorat, 1993-2003, c'est-à-dire juste entre la promulgation de la loi du 4 août 1993 et l'automne 2003 – juste après l'épisode 1988 qui a conduit le gouverneur Jacques de Larosière à fermer 44 succursales – Jean-Claude Trichet – après avoir dû renoncer en décembre 1997 à la fermeture de 100 succursales (FO Banque de France est allé plaider le dossier auprès de Dominique Strauss-Kahn alors Ministre de l'Economie et en est revenu avec une lettre signée du Ministre le 16 décembre 1997) – a présenté au printemps 2003 un plan de fermetures de succursales et de suppressions d'emplois sans précédent dans l'Histoire de la Banque : la fermeture de la moitié des succursales et la suppression de 2.264 EATP (tout dernier chiffre avancé pour le CCE du 26 septembre), soit 26,3 % des effectifs du réseau et de Paris-Louvre.
Une mobilisation également sans précédent a eu lieu, tant de la part du personnel que des élus de la Nation qui ont interpellé aussi bien le gouvernement de la Banque de France que les représentants des pouvoirs publics ; mais il semble que les disciplines d'appartenance politique ont, une fois de plus, joué et que la majorité parlementaire suivra consciencieusement ce que le gouvernement autorisera.
Les représentants des syndicats –localement, régionalement et nationalement- ont rencontré, souvent plusieurs fois, tout ce que la France peut comporter d'élus ; les divers contacts ont toujours été bons, mais bien trop souvent nos interlocuteurs avaient une méconnaissance complète de la Banque de France. Les médias –presse écrite, parlée et télévisée y compris internationale- ont rendu compte de nos actions, mais peu souvent de la réalité du quotidien de notre Banque Centrale. Deux journées de manifestation nationale ont été organisées et particulièrement fort bien suivies.
Malgré tout cela, comme si de rien n'était, tel un rouleau compresseur, le plan déroule son ruban. Inexorablement, la logique –pourtant dévastatrice en termes d'aménagement du territoire et de maintien de l'emploi- semble se déployer sans autre alternative ni soutien actif de nombre de représentants du peuple par ailleurs gestionnaires de régions. Tout semble normal : les syndicats jouent leur rôle et le gouvernement de la Banque décline sa logique, le tout dans un climat économiquement délétère et ambigu –on professe une idéologie fortement libérale mais on trouve normal alors que l'Etat intervienne- et dans une atmosphère quasiment suicidaire pour l'avenir.
Il faut savoir le dire : les représentants du personnel n'ont pas été entendus. Nous ne baissons pas les bras. Nous continuons de plaider le dossier jusqu'au deuxième CCE et négocierons au mieux les intérêts des personnels, ceux qui sont directement impactés par le plan, ceux qui pourraient l'être ou qui voudraient changer d'horizon, comme ceux qui ont toute leur carrière à faire dans l'Institut d'Emission. Les syndicats de la Banque, une grosse partie d'entre eux avec certitude, soutiennent un projet qui n'est pas l'immobilisme. Il est grand temps que le gouverneur Jean-Claude Trichet montre effectivement que le meilleur soutien que l'on puisse apporter à une grande Institution de la République, c'est de savoir organiser son avenir sur des bases économiques, politiques, sociales ouvertes sur les évolutions du monde et attentives aux besoins de nos concitoyens, et non pas de cultiver des raisonnements uniquement comptables et déconnectés des vrais besoins des usagers.
Même vue de Francfort, une telle évidence doit interpeller.
Jean-Michel REYNAUD