C'EST PAS LA JOIE !

L’indice des prix pour le mois de juin 2002 augmente de 0,2 % portant le rythme annuel à 2 % contre 1,8 le mois précédent. Depuis plusieurs années, le pouvoir d’achat stagne, et cela va continuer.

L’INSEE dans une étude récente annonce que le taux de chômage en fin d’année pourrait atteindre 9,8 %. Il est actuellement à 9,3. Parallèlement, le nombre de chômeurs de longue durée augmente ainsi que le nombre de Rmistes. La solution ? Déréglementer encore plus le marché du travail selon le FMI, l’OCDE et l’Union Européenne. Un remède de cheval qui pourrait tuer le malade !

En mai, la production industrielle a baissé de 1,7 %. Pour l’année 2003 la plupart des instituts de prévision prévoient une croissance inférieure à 1 %. Le déficit budgétaire pour 2003 devrait de son coté crever le plancher des 3 % du PIB prévu par le pacte de stabilité et de croissance en oscillant de 3,5 à 4 %. L’endettement total de l’Etat, autre critère du pacte de stabilité (on ose plus dire : et de croissance) devrait dépasser les 60 % du PIB, si ce n’est pas déjà fait.

Le Président de la République annonce le 14 juillet que les baisses d’impôt qui profitent principalement aux plus riches vont continuer et se prononce pour une application souple du pacte de stabilité et de croissance. Immédiatement, les partenaires de l’Union économique et monétaire font savoir qu’il n’en est pas question. En dépit du vote négatif des corses, le processus de décentralisation devrait continuer avec les risques que l’on connaît : creusement des inégalités entre régions, augmentation de la pression fiscale locale qui annulera les baisses d’impôts au plan national…

Est-ce un hasard si la mission parlementaire qui vient de rendre son rapport sur la gestion des entreprises publiques plaide de fait pour leur privatisation : pour renflouer ses caisses, l’Etat a désespérément besoin de vendre les derniers bijoux de famille ! Nous sommes hélas bien placés (avec l’expérience du Crédit Lyonnais) pour savoir que celui-ci ne s’est pas toujours montré à la hauteur de sa tâche. Mais s’agissant d’entreprises publiques assurant des missions de service public, nous ne pouvons pas accepter que l’on jette le bébé avec l’eau du bain.

Le gouvernement fait adopter une réforme sur les retraites qui va, avec l’allongement de la durée de cotisation, réduire le niveau des pensions de 20 à 30 % en 2020 par rapport à ce qu’il serait sans la réforme Balladur de 1993 et celle de Fillon/Chérèque de 2003. De plus, cette réforme n’est pas réellement financée puisque, pour un tiers, elle repose sur le retour du plein emploi et pour un autre tiers, sur la croissance, dont l’anémie actuelle peut se prolonger et se reproduire. Si rien ne change, demain, il y aura des retraités SDF, ou des salariés âgés à la rue, jetés dehors par les entreprises qui continueront à s’en débarrasser avant qu’ils acquièrent toutes leurs annuités pour avoir une pension sans abattement. A moins de croire aux promesses du Baron…

Le MEDEFDT détruit avec application la fameuse exception culturelle française en faisant entériner par le gouvernement, une réforme de l’intermittence qui va jeter sur la paille des dizaines de milliers de personnes. Ces bonnes âmes disent qu’il faut mettre un terme aux abus. Mais pour cela il faudrait s’en prendre aux entrepreneurs responsables et le MEDEF n’est guère pressé de sanctionner ses adhérents.

Le gouvernement, pour la rentrée qui s’annonce difficile, prépare, en coopération avec le " MEDEFDT ", d’autres mauvais coups sur l’assurance maladie. Déjà de nouveaux déremboursements de médicaments (650) sont annoncés. Assurément, comme le déclare le Président de la République : nul besoin de réformer l’assurance maladie en France. Il suffit de poursuivre le processus de déremboursement sans l’arrêter aux médicaments.

Et pendant ce temps-là, le même Président de la République affirme que les français doivent renoncer à " l’esprit gaulois " et s’adapter à la société néo-libérale qui s’avance plutôt que de la contester et de s’y opposer. Mais, soyons rassurés : l’adaptation passe par le dialogue social. Dans la répartition des tâches, le MEDEF et la CFDT sont chargés du rôle principal et le Parlement de celui de chambre d’enregistrement. Et on pleurnichera à la prochaine échéance électorale sur l’importance du taux d’abstentions et du vote extrémiste !

Dans le même temps, on apprend aussi que les patrons des entreprises du CAC 40 se sont accordés en moyenne des augmentations de l’ordre de 13 % en 2002 (les banquiers ne sont pas les derniers) sans parler de leurs stock-options qui leur rapporteraient toutefois un peu moins, compte tenu de l’effondrement de la Bourse.

Tous n’ont pas conduit pour autant leur entreprise à la quasi faillite. Ceux qui ont suivi cette pente détestable par impéritie et/ou mégalomanie galopante ont encaissé une " indemnité de licenciement ", ou sont sur le point de la palper, inversement proportionnelle, très largement, à leur efficacité de dirigeants d’entreprise. Plus leur gestion a été calamiteuse, plus ils touchent en vertu du trop fameux " golden parachute " disposition de leur " contrat de travail " qui fixe le montant faramineux de leur " indemnité de licenciement ". Laissant leur entreprise en difficulté, fuyant la responsabilité des suppressions d’emplois et de l’appauvrissement des actionnaires, notamment les actionnaires salariés qui ont crû au mirage de l’épargne salariale, ils se refont une carrière très convenable, ailleurs.

Ce n’est pas un vrai sujet pour le Président de la République qui préfère rappeler que les syndicalistes doivent respecter la loi. C’est en vertu de ce principe que l’on peut jeter en prison des syndicalistes qui ont commis quelques actions contestables alors qu’on laisse courir, avec les félicitations du jury, les patrons voyous.

Nous, on préférera toujours Bové, même si ses choix et ses méthodes sont contestables, à Messier, même si c’est la larme à l’œil qu’il revendique ses 20 millions d’euros. Et bien entendu, nous resterons fidèles à nos ancêtres… les gaulois, et au coq du même nom : "le seul oiseau qui arriver à chante malgré les pieds dans la merde", comme disait le regretté Coluche !

Pierre GENDRE