![]() | ![]() |
|
Paris, le 15 mai 2004 |
Autres Points : |
CEINTURE POUR LES UNS,
GRISBY POUR LES AUTRES !
Dans le JEC de la semaine passée, nous évoquions le projet de recommandation de la Commission européenne concernant la rémunération des dirigeants et les réticences exprimées à cet égard lors d’une consultation organisée par elle à laquelle ont répondu une centaine d’entreprises. En France une certaine transparence existe, imposée par la loi, et les média viennent de rendre compte de l’évolution de la rémunération des dirigeants des entreprises du CAC 40 pour l’année 2003. Résultat : en moyenne ces dirigeants se sont octroyés 11 % d’augmentation sans que ceci soit nécessairement en rapport avec les bons résultats de l’entreprise. On comprend pourquoi il y a une hostilité marquée à l’égard du projet de faire voter la rémunération des dirigeants par l’Assemblée générale des actionnaires.
Dans le secteur bancaire, la rémunération de nos dirigeants (salaire fixe, variable, avantages en nature et jetons de présence) progresse de 38 % pour le patron du Crédit Agricole, de 36 % pour celui de BNP Paribas et de 64 % pour celui de la Société Générale : pour Bouton c’est le pompon ! D’ailleurs il se situe au cinquième rang des PDG du CAC 40 les mieux rémunérés avec 2 950 000 euros, soit 210 SMIC annuels ! Le patron d’Aventis, qui va bientôt fusionner avec Sanofi Synthélabo, arrive tout juste derrière Bouton, en sixième position avec 2 778 927 euros, et s’est octroyé une augmentation de 38 % ! De plus, c’est le cas de le dire, il se répand qu’il toucherait la modique somme de 25 millions d’euros, soit plus de 9 années de salaires, soit encore 44 vies de smicards, soit enfin 1 000 indemnités de licenciements à 25 000 euros. Pourquoi s’énerve-t-il quand on lui pose la question de savoir si la rumeur est justifiée ? Mais ces messieurs sont des petits bras comparés au champion toute catégorie : le patron de l’Oréal avec 6 576 193 euros ! Est-ce qu’il le vaut bien ?
Tous ces chiffres donnent un peu le vertige si on les rapproche non seulement des augmentations de salaires concédées aux salariés ordinaires mais aussi de la situation des intermittents et des recalculés (qui vont être rétablis dans leurs droits, la convention UNEDIC étant déclarée caduque par le Conseil d'Etat), sans parler des citoyens vivant en dessous du seuil de pauvreté. Pour toute cette population, la générosité sociale du gouvernement a été finalement assez chiche. Le grand tournant social du gouvernement Raffarin III a accouché d’une souris. A côté des mesures accordées aux chercheurs, d’un geste budgétaire très limité pour les intermittents, du gel de la dette de l’UNEDIC vis-à-vis de l’Etat (1,2 milliard d’euros), on a surtout remarqué les annonces du nouveau Ministre de l’économie et des finances : déduction des intérêts des crédits à la consommation (150 euros par an, deux ans maximum), exonération des droits de succession jusqu’à 20 000 euros pour les héritiers bénéficiant de dons du vivant de leurs ascendants, amnistie fiscale pour les fraudeurs ayant planqué des capitaux à l’étranger, gel de 650 millions d’euros de crédits du Ministère de la cohésion sociale, doublement du nombre de dimanches pour l’ouverture des magasins et remise en cause des 35 heures. Tout ceci pour rétablir la confiance afin de relancer la consommation, la croissance et l’emploi.
Or, les mesures annoncées favorisent toujours les mêmes : ceux qui paient des impôts sur le revenu (50 % des foyers fiscaux n’en paient pas), qui auront la chance de bénéficier de dons de leurs parents ou grands parents, les tricheurs (quel exemple pour les citoyens aisés mais honnêtes !) s’il s’en trouve d’assez stupides pour renoncer à des placements rémunérateurs et peu fiscalisés, en Suisse notamment. Bref, ceux qui consomment déjà et qui épargnent beaucoup !
Quant à l’extension des ouvertures le dimanche, chacun sait que lorsque l’on a 100 euros à dépenser on n’en dépensera pas 110 parce que le super marché sera ouvert un jour de plus dans la semaine. Pour les 35 heures, c’est purement idéologique : il faut travailler plus pour gagner plus. Ainsi, si l’on travaille plus, pour gagner plus, on consommera plus, on devra produire plus : donc plus de croissance et moins de chômage. Le Ministre de l’économie et des finances, c’est monsieur plus…
Malheureusement, si la réduction du temps de travail n’a pas permis de combattre la réalité du chômage de masse et du sous-emploi, on ne voit pas comment l’augmentation de la durée du travail pourrait être plus efficace. Sait-on combien d’emplois à temps pleins représentent les heures supplémentaires clandestines dans ce pays ?
A propos du chômage, il y avait, selon l’INSEE, en mars 2004, 2 422 500 chômeurs (2 674 000, selon le BIT) pour seulement 243 000 offres d’emplois (- 2,3 % en un mois) : une offre d’emploi pour dix chômeurs ! Cela relativise le concept de formation tout au long de la vie. En un an le chômage des jeunes femmes de moins de 25 ans avait augmenté de 6 % tandis que celui des jeunes hommes de cette même tranche d’âge augmentait de 3,7 %. La relative amélioration de la conjoncture au premier trimestre de 2004 devrait, toujours selon l’INSEE, se stabiliser au second. La hausse des taux d’intérêt qui va intervenir aux Etats-Unis et celle du pétrole (près de 40 dollars le baril) font planer une incertitude sur la permanence de la croissance mondiale (malgré les prévisions assez optimistes de l'OCDE pour 2004 et 2005). Alors pour l’Europe et la France qui se traînent déjà quel peut être le pronostic (surtout si la Banque Centrale Européenne ne baisse pas ses taux d'intérêt comme le recommande l'OCDE) et l’impact sur le niveau de l’emploi ?
Dans ce contexte, on attend la réforme de l’assurance maladie. On vient d’apprendre que le projet du Ministre compétent sera rendu public le 28 mai, présenté au Conseil d’Etat le 10 juin, au Conseil des Ministres le 16 et au Parlement le 30. Le calendrier du gouvernement nous mène tout droit à l’adoption de la réforme pendant que les salariés seront sur les plages en été. Le moment idéal pour, comme l’a dit le 1er Ministre, soutirer une petite pièce aux assurés sociaux à l’occasion de chaque visite médicale. Une petite pièce par ci (pour minimiser l’impact réel de la future réforme), un jour de congé par là pour financer la grande dépendance, voilà qui illustre la haute opinion que ce gouvernement, comme le Medef (dont le Président ci-devant baron réclame la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune), a de ses administrés : des gogos bons à manipuler.
Dans la banque nos patrons n’éprouvent pas un moins grand mépris à notre égard. On l’a vu la semaine passée avec l’AFB à propos de la négociation sur la formation. Mais les uns et les autres devraient se souvenir que parfois "les caves se rebiffent !"
Pierre GENDRE
DERNIERE MINUTE
L'AFB a repris contact avec les organisations syndicales. Une commission paritaire de la banque aura lieu le 21 juin à 9h30 sur la formation et un groupe de travail se réunira l'après-midi sur l'égalité professionnelle.
Par contre sur les retraites et sur l'article 16 le blocage se confirme, les raisons techniques invoquées étant aussi de nature politique.